« Si tu veux voler, peins un oiseau » Agnès Dubart

Agnès Dubart a une sensibilité qui nous met face au présent, elle exalte son expérience du monde pour faire exister, pour faire naître. C’est cette sensibilité qui la pousse à définir le titre de l’exposition : « Si tu veux voler, peins un oiseau ».

BFFCBBC7-9994-4A97-A301-BA861DDAEC26 Si tu veux voler, peins un oiseau (détail),
Gravure sur polystyrène, 2020

L’artiste se forme aux Beaux-Arts de Valenciennes, elle y apprend le modèle vivant, elle y découvre des médiums différents, la gravure notamment. C’est à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles qu’elle se spécialise dans la gravure, elle veut creuser cet intérêt, creuser la surface surtout.

Il nous convient de creuser, nous aussi, sa vision des choses et de nous renseigner davantage sur son rapport à la gravure. Elle justifie ce choix par sa volonté de sauter dans le vide, d’avoir une sensation d’improvisation. La matérialité de la gravure compte aussi et semble apporter une justification d’autant plus importante à ce choix : « Les outils laissent une entaille, il y a quelque chose qui marque en profondeur la matière » dit-elle.

Agnès Dubart s’intéresse à la sensation, ses recherches concernent le corps, l’alchimie, les vibrations. Une expérience sensible est alors le point de départ d’une création matérielle, l’expérience de la vie mène au processus artistique, elle me signale : « Ce que je recherche en création c’est l’accident, la surprise de ne pas complètement maîtriser et contrôler l’action». L’accident apparaît à elle comme l’espace disponible au silence, permettant un dialogue avec celui-ci. Une place est laissée au geste qui se pose et s’invente au fur et à mesure de l’action. L’acte de création doit être sensible et vivant : « C’est un jeu qui se vit dans l’instant dans lequel rien n’est figé ». Au sein de ce processus, l’artiste s’écoute, elle suit ses sens et accorde de l’importance à la notion de souplesse dans la rigueur, au lâcher prise dans la maîtrise, à la part d’inconnu malgré l’intention posée. D’ailleurs, ce processus n’est pas un simple état artistique provisoire, il constitue le quotidien de l’artiste. Agnès Dubart ne distingue pas les moments de créations des moments de vie, ils s’imbriquent l’un dans l’autre, se nourrissent et s’enrichissent surtout. L’art est lié à ce qu’elle vit, à ce qu’elle fait, à ceux qu’elle rencontre. Car, affirme-t-elle en citant Robert Filiou : « L’art c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ».

La vie enrichit son art, mais l’art nourrit sa vie. Par la création, Agnès Dubart peut se découvrir, en apprendre davantage sur elle-même et même sur l’humain. « J’ai compris qu’il y avait une quête » annonce-telle, cette quête ouvre sa conscience et impacte son art. En ayant une manière d’être au monde plus sensible, plus éveillée, elle peut se laisser traverser par le vivant. Celui-ci passe de sa conscience à ses mains pour donner à voir des œuvres qui interrogent notre propre rapport au monde, qui questionnent l’humanité dans son entièreté.

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Agnès Dubart, Carte aux trésors, eau forte et aquatinte, 2019

Les créations d’Agnès Dubart posent une réflexion sur l’humain en ce qu’elles rendent compte d’une volonté intrinsèque à tout homme de se reconnecter à une sensibilité parfois trop occultée. Elles s’insèrent dans des problématiques contemporaines et réfléchissent la transformation du monde. Pour l’artiste, rien n’est dissociable, rien n’est dissocié : un mouvement destructeur doit être lié à un mouvement créateur, les évolutions climatiques actuelles doivent nous pousser à créer, pas seulement à faire des œuvres d’art, mais à créer une conscience collective pour contrer l’essoufflement du monde.

Ce rapport au monde est omniprésent dans la nouvelle démarche créative d’Agnès Dubart, il alimente les œuvres de l’exposition à venir qui sont le fruit d’une direction nouvelle de l’artiste au sein de son processus de création. Après une phase de silence, elle a su puiser à l’intérieur d’elle-même, se nourrir par l’extérieur pour trouver une nouvelle impulsion créatrice. C’est une direction optimiste, pleine d’espoir, remplie d’une énergie forte, une renaissance en somme. Agnès Dubart veut, désormais : « Mettre au monde l’amour et le vivant qui nous traversent ». Sur le cadre de la plaque de métal il est possible de rendre compte de la vastitude de l’univers tout en s’enracinant dans la matière, aussi, en utilisant d’autres médiums tels que le dessin ou même l’écriture il est faisable d’être dans le moment présent tout en embrassant une temporalité plus vaste.

« Un état d’être au monde, c’est ça l’art » 

Entre création et questionnement, Agnès Dubart souhaite s’ancrer dans le présent. Entre sensibilité, sensation et matérialité, elle montre que tout peut exister. Le titre de l’exposition « Si tu veux voler, peins un oiseau » nous interpelle et nous parle : fixer le volatile c’est mettre au monde, incarner tout notre être dans nos actes et nos créations, c’est faire en sorte que cela puisse être goûté, partagé et donné en cadeau à l’autre et à l’univers. Cet acte est même guérisseur car il offre la beauté au monde.

L’exposition d’Agnès Dubart, « Si tu veux voler, peins un oiseau » à la Galerie Collégiale-Lille du 1er avril au 19 avril 2020 donnera à voir cette impulsion créatrice, cette urgence à être au monde.

Elise Hudelle pour la Galerie Collégiale-Lille
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